« Lorsqu’on tombe amoureux l’autre apparaît toujours plein d’une vie débordante. Il est en effet l’incarnation de la vie dans l’instant de sa création, dans son élan, la voie vers ce que l’on a jamais été et que l’on aimerait être. L’aimé est donc toujours une force vitale libre, imprévisible, polymorphe. Il est comme un superbe animal sauvage, extraordinairement beau et extraordinairement vivant. Un animal dont la nature n’est pas d’être docile mais rebelle, n’est pas d’être faible mais fort. (…) L’aimé attire, plaît, justement parce qu’il est une force libre et libératrice, mais aussi imprévisible et redoutable. Voilà que le processus des « épreuves » qui conduisent à l’amour, celui des deux qui est le plus timoré impose à l’autre, comme épreuve, de multiples limites, de multiples petits renoncements tous destinés, au fond, à rendre l’autre docile, sûr et inoffensif.
Et l’autre, peu à peu, accepte tout cela. ? Il avait des amis, il renonce à sortir avec eux ; il voyageait, il reste à la maison ; il aimait sa profession, il la néglige pour se consacrer à l’aimé. Pour ne pas troubler l’aimé, insensiblement, il se dépouille de tout ce qui peut l’inquiéter. Il ne s’agit que de nombreux petits sacrifices, aucun d’eux n’est important, aucun d’eux ne franchit le point de non-retour.
Celui qui est amoureux abandonne volontiers, volontiers il change de comportement car il désire que celui qu’il aime soit heureux, il s’efforce de devenir ce que l’autre veut qu’il soit.
Peu à peu, il devient « domestique », disponible, toujours prêt, toujours reconnaissant. Ce faisant, la superbe bête sauvage se transforme en un animal domestique, la fleur tropicale, arrachée à son milieu, s’étiole dans le petit vase posé sur la fenêtre. Et l’autre, qui lui a imposé cette métamorphose car il voulait être rassuré, car il avait peur du nouveau, finit par ne plus trouver en lui ce qu’il avait cherché et découvert. La personne qui lui fait face n’est plus celle d’autrefois, celle dont il était amoureux justement parce qu’elle était différente et pleine de vie. Il lui a demandé de se modeler sur ses peurs et à présent il se trouve confronté au résultat de ses peurs, de son néant, et il ne l’aime plus. »
(Francesco Alberoni, « Le choc amoureux », p130/131, éd. POKET)
"Dans chaque épreuve, ne cherchez pas l'ennemi, cherchez l'enseignement" Mikao USUI
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